L'Europe, peut-elle désamorcer la crise depuis la Grèce ?

 

 

 

La Grèce n'est pas à l'origine de la crise, en revanche elle peut nous montrer le chemin de sa fin, car elle nous permettra de comprendre les mécanismes d'internationalisation d'un conflit économique:

1/ Le scandale qui réveilla la crise:

Depuis le début de la crise, en 2008, l’idée que les acteurs économiques, et investisseurs en général, se faisaient de la situation et de la capacité des européens à en faire face, a progressivement changé du aux progressifs rebondissements de cette crise sous ses différentes formes et sa déviation vers les pays du Sud de l'Europe (PIGS), afin de les convertir en bouc émissaires.

Comment a-t-elle commencée ?

Après le scandale Madoff, aux EEUU, générateur de méfiance auprès du système financier, les européens ont vécu l’affaire des subprimes importées des USA aussi,  sous fond de titrisation ou titularisation de lettres et hypothèques.
Sans le savoir, ce phénomène a retiré d’importantes sommes de liquidité sur le marché de la vieille Europe, affectant les fonds de pensions et très particulièrement les britanniques et ceux des pays satellites. La conséquence immédiate a été la dévaluation de la livre, qui a mise en difficulté l’existence d’un nombre important de retraités vivant au soleil de la méditerranée (La Grèce ou l’Espagne, par exemple), rendant impossible l’expatriation vers le soleil des futures retraités.

2/ La bulle immobilière :

La Grèce a été négativement affectée, car la arrêt  d'importants projets d'investissement dans les infrastructures, dans l'immobilier et dans la Santé à généré une importante augmentation du chômage et de la précarité, cependant, en Espagne, le mal à été encore majeur. Concrètement, la demande externe du secteur immobilier représentait environ 30% de la demande totale et, tant la raréfaction de la liquidité et des crédits, comme des acheteurs du nord de l’Europe, ont réduit cette demande (l’externe) de presque 80%, provoquant la chute du secteur que, comme tout le monde sait, est un important levier pour l’économie et absorbe une partie significative de la main d’œuvre.
Les deux pays ont commencé à vivre une crise de conséquences catastrophiques, importé des EEUU à travers son principal paladin la Grande Bretagne, une crise qui finira par provoquer le changement du Premier Ministre italien Berlusconi et plusieurs interventions financières en Portugal.

3/ Des mesures sans avenir et la Dette Publique :

Les mesures anticycliques des Etats (L’Espagne, la Grèce, l'Italie, le Portugal et la France aussi) demandant des apports budgétaires consistants pour empêcher l'effondrement de la consommation et garantir la circulation du crédit  n’ont pas réussis à relancer la croissance, car insuffisantes et mal dirigées. L'activité globale chute et le manque de recettes fiscales commence à produire une augmentation progressive de l’endettement.
C'est-à-dire, pour contrecarrer l’insuffisance de réserves d’argent les Etats ont commencé à accélérer les émissions de Dette Publique ( la Grèce est passée de 110% de dette en 2009 à 184% en 2014, et l'Espagne de 66% en 2009 à 98% en 2014). Or en faisant ainsi, limitaient, voir réduisaient, la disponibilité de crédit pour les PMEs.
Autrement dit, Moins les PMEs avaient de l'accès au crédit, plus elles réduisaient les investissements et moins elles embauchaient du personnel. La demande interne commençait à chuter dangereusement, et seulement les entreprises focalisées vers l’export et/ ou ayant investi en R+D pouvaient s’en sortir, juste au moment ou l'Etat réduisait ses investissements en Recherche et Développement et quand depuis Bruxelles et le FMI, le mot d'ordre était "austérité", réduction des dépenses publiques, et pire encore, réduction des disponibilités créditrices pour le financement de l'actif circulant des PME menant au dépôt  de bilan un nombre croisant d'entreprises parmi les dénommes PIGS.  Dans cette situation l’Etat se doit de garantir les services essentiels et de compenser l’effet chômage, mais avec quel  argent et quels impôts ?, en outre, les bourses européennes, avec les dernières directives, facilitent le brassage de milliards d’euros par des opérateurs non identifiés, qui investissent une partie importante de l'épargne européen en dehors de l'Europe. Où est cet argent ?

4/ Les normes comptables des banques :

En fait, avec le changement progressif mais rapide de normes comptables, les analystes ont eus des difficultés à comprendre la situation, c’est-à-dire, que à fin que les Etats puissent se financer confortablement auprès des banques, celles-ci, peuvent prêter aux Etats sans avoir à utiliser leurs fonds propres, il suffit d’avoir suffisamment de dépôts des épargnants. En revanche, prêter à une société soit pour être créée, soit pour augmenter son capital, soit pour acheter des actions d’une autre société, exige l’utilisation exclusive des fonds propres des banques, ce qui veut dire que chaque fois qu’une banque prête pour une des opérations décrites, son ratio de solvabilité et de fonds propres se réduit, l’obligeant à chercher des capitaux pour se maintenir dans la légalité. Une grande partie des dépôts des épargnants européens est donc destinée à Dette publique, pour combler les trous budgétaires et une autre partie est investie sur des Fonds d’Investissement qui promettent une haute rentabilité, mais dont la plupart des destinations se trouve hors l’Europe. Ce qui reste pour les PMEs est le petit marceau du gâteau qui doit être partagée par des millions des PME, ce qui, vous n’en doutez pas, est la cause principal des faillites. Situation qui fait monter le risque pays et rends plus chère l'émission de nouvelle dette en même temps qu'inévitable.

5/ L’augmentation du risque pays et le financement de la dette : La mutualisation et une possible solution pour la Grèce

Comme nous le dissions, La dégradation de cette situation fait augmenter le risque de la Dette de ces pays, et chaque nouvelle émission de dette coûte plus chère. Comment la financer ?

L’augmentation des impôts est une solution dangereuse qui réduit les disponibilités liquides des foyers et donc la demande de consommation provoquant un gel de l’offre, cependant l’Etat doit garantir l’éducation, la santé, les infrastructures, la défense, les retraites, l’énergie et les conditions légales d’exploitation des ressources, et cela dans le cadre du marché communautaire, raison pour laquelle, des nombreux économistes ont demandé la mutualisation des dettes des Etats membres, voie les bons de la BCE ou le rachat par la BCE des bons de dette des États. Cela aurait un triple avantage, (1) de disposer de l’argent au même taux (sans pénalisation de risque, comme cela se passe maintenant) pour tous les pays, car la BCE se financerait globalement, sans affectation des crédits, (2) la pénalisation du ratio Fonds propres ne jouerait pas pour la Banque Centrale (BCE), autrement dit, il y aurait beaucoup plus de liquidités pour les banques nationales et leurs PMEs, et (3) compte tenu de la mauvaise notation des pays endettés comme la Grèce, ses bons se vendent sur le second marche  à environ 60% de leur valeur nominal, ce qui permettrait à la BCE d'acheter moins cher et à la Grèce de Négocier sa dette avec la BCE. Sur les exemples de négociation de dette, je conseil aux responsables économiques de la zone Euro d'analyser en détail la stratégie suivie par l'Equateur pour renégocier sa dette, pays qui, en 7 ans, a réduit sa dette de presque 100% à environ 34% et son chômage de 14 à 4,3%.

Cette situation, celle que nous avons décrit pour l'Europe, et la Grèce en particulier, deviendrait encore plus facile à traiter, changeant les normes comptables exprimées ci-dessus et contrôlant les investissements boursiers des Fonds d’Investissement.

6/ La crise de l’Euro :

Cependant, nos responsables politiques ne semblent pas comprendre la gravité de la situation, car ils ne voient pas comment le « wellfare state » ou état du bienêtre que l’on a mis 50 ans à construire est presque déjà disparu, associant la construction européenne à l’échec de ses multiples mesures conjoncturelles. C’est ainsi qu’après la crise de la Dette, nous avons sauté ver l’analyse de la bonne ou mauvaise construction de l’Euro, sans tenir compte que le fonctionnement de l’Euro changera progressivement et dans un cadre européen, pour s’adapter à nos besoins, lorsque il y aura la volonté politique de le faire et la nécessaire solidarité intracommunautaire.

7/ Analyse régionale. Des modèles à suivre : Valencia ou Quito

En même temps, en dehors des Etats nations, la gestion économique et sociale de certaines villes serait digne d’étude, car même si les résultats de leurs politiques ne peuvent pas encore être concluants dû à la interdépendance de notre système, elles annoncent des chemins ou des pistes intéressantes, en termes d’innovation, d’écologie, d’esthétique et de savoir vivre, que méritent le détour, comme par exemple, celle de Valencia, en Espagne, ou de Quito, en Equateur :

Je vous conseille de regarder :

La cité de la Connaissance à Équateur, appelée YACHAY:
www.yachay.gob.ec/

Et Valencia :
http://www.mondissimo.com/24h_chrono2015/indexvod.asp?Theme=Valence#sthash.T2x0oHUE.dpbs

 

J. Francisco R. QUEIRUGA
Économiste et Président de la 
Chambre de Commerce Latino-Américaine (http://www.cclam.org)